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Le handicap dans l'hôtellerie

et si l'invisible était le plus grand des angles morts ?


J'avoue avoir longtemps eu une représentation du handicap aussi réductrice qu'erronée. Dans mon esprit, une personne en situation de handicap, c'était quelqu'un en fauteuil roulant, malvoyant ou malentendant. Des situations visibles, identifiables, auxquelles on s'adapte avec de la bonne volonté et quelques aménagements matériels. 

La réalité est tout autre. Et mes échanges récents avec Coralie Brouche, conseillère RHF PACA — le Réseau Handicap Formation de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, avec lequel SAS Percepied Conseil vient de signer un partenariat — ont achevé de me le démontrer. 


Les chiffres qui changent tout

En France, on estime à 13-14 millions le nombre de personnes en situation de handicap, soit près d'un Français sur cinq. Un chiffre déjà vertigineux. Mais ce qui m'a réellement frappé, c'est celui-ci : 80 % de ces handicaps sont invisibles

Pas 20 %. Pas 30 %. Quatre-vingts pour cent. Et pour enfoncer le clou : seulement 2 % des personnes handicapées utilisent un fauteuil roulant. 

Autrement dit, l'image que nous avons collectivement du handicap est non seulement partielle, elle est fausse. 


Mais alors, qu'est-ce qu'un handicap invisible ?

C'est un handicap qui ne se voit pas — du moins tant que la personne concernée n'est pas mise en difficulté. Les formes sont multiples et souvent méconnues : 

  • Les troubles cognitifs et du neurodéveloppement : dyslexie, dyspraxie, trouble de l'attention (TDAH), troubles du spectre autistique. 
  • Les troubles psychiques : dépression, troubles anxieux, bipolarité — souvent les plus stigmatisés, et les moins déclarés. 
  • Les maladies chroniques invalidantes : diabète, épilepsie, fibromyalgie, sclérose en plaques, maladies auto-immunes. 

Ces situations peuvent affecter profondément la capacité de travail — la concentration, la gestion de la fatigue, la résistance au stress — sans que rien ne paraisse à l'œil nu. 


Pourquoi ce public ne se manifeste-t-il pas ?

C'est la question que tout manager ou directeur d'établissement devrait se poser. Car dans nos équipes hôtelières, ces personnes sont présentes. Elles travaillent. Elles se taisent. 

Les raisons sont multiples, et elles se comprennent. 

  • La peur de la discrimination
    Le handicap demeure la première cause de discrimination en entreprise en France. Le taux de chômage des personnes reconnues handicapées est de 12 %, contre 7 % pour l'ensemble de la population active. Ces chiffres ne s'ignorent pas quand on cherche du travail — ou qu'on cherche à le garder. 
  • La peur du regard
    Annoncer une dépression, un TDAH ou une maladie chronique, c'est prendre le risque d'être perçu comme moins fiable, moins compétent, moins employable. 39 % des personnes concernées déclarent ne jamais en parler à leur employeur — ni avant, ni après leur embauche. 
  • Le manque de conscience de leur propre situation
    Certaines personnes, notamment au début d'une maladie chronique évolutive, ne se perçoivent pas encore comme étant en situation de handicap. Elles compensent, s'adaptent, s'épuisent — en silence. 

Dans nos métiers, où le rythme est soutenu, les équipes sous tension et la pression du service omniprésente, ces silences peuvent coûter cher — à la personne, et à l'établissement. 


Ce que l'employeur a à y gagner - et c'est plus qu'on ne le croit 

Je connais les réflexes. "On a déjà du mal à recruter, on ne va pas en plus se compliquer la tâche." "On n'est pas équipé pour ça." Ces objections sont légitimes. Mais elles reposent sur une méconnaissance des bénéfices réels d'une politique inclusive. 

  • La marque employeur
    Une entreprise qui affiche une démarche d'inclusion sincère et visible attire davantage de candidats - notamment les jeunes générations, particulièrement attentives aux valeurs de l'entreprise. Dans un secteur en guerre des talents, c'est un différenciateur réel. 
  • La fidélisation
    Les collaborateurs recrutés dans un cadre inclusif affichent une loyauté supérieure à la moyenne. La reconnaissance crée de l'attachement. Et dans l'hôtellerie, la fidélité d'une équipe se sent immédiatement — le client, lui, ne s'y trompe pas. 
  • La résilience et la créativité
    Les personnes en situation de handicap ont, par nature, développé des stratégies de compensation remarquables. Cette capacité d'adaptation, cette façon de faire autrement, est une richesse pour une équipe — à condition qu'on leur donne les conditions de l'exprimer. 
  • L'aspect réglementaire — qu'on ne peut ignorer
    Toute entreprise de plus de 20 salariés est soumise à l'Obligation d'Emploi des Travailleurs Handicapés (OETH), soit un quota de 6 % de l'effectif. Le non-respect de cette obligation génère une contribution financière pouvant aller jusqu'à 15 000 € par travailleur handicapé manquant, versée à l'Agefiph. 

 

C'est dans cette logique - à la fois humaine et pragmatique - que j'ai engagé SAS Percepied Conseil dans ce partenariat avec le RHF PACA. Non par obligation. Par conviction. 

Sensibiliser mes clients hôteliers à cette réalité, les accompagner pour adapter leurs pratiques de formation et de management, intégrer ces enjeux dans mes missions terrain : voilà ce que ce partenariat permettra de construire. 

Recommandation : Ne pas attendre qu'un collaborateur soit en difficulté pour se poser la question du handicap dans votre établissement. La bienveillance ne suffit pas - il faut l'organiser. 

 

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